Burundi: Malversations, corruption, le président Evariste Ndayishimiye semble décidé de prendre le taureau par les cornes

35 ! C’est le nombre de magistrats dont le président Evariste Ndayishimiye a annoncé la révocation pour corruption. Le n°1 burundais l’a dit à l’issue d’une récente réunion du Conseil supérieur de la magistrature. Une annonce dans la foulée de l’arrestation de responsables administratifs accusés de malversations économiques. Mais l’opinion, elle, tout en appréciant positivement l’acte, dit attendre le tour des gros poissons.

Depuis son arrivée au pouvoir, Evariste Ndayishimiye n’a eu de cesse de fustiger nommément le corps de la justice, qu’il juge gangréné par la corruption. Son annonce, le 28 juillet, n’avait donc rien de surprenant, la mesure étant quelque peu, et pour certains, un début de la concrétisation du grand nettoyage qu’il s’est toujours promis de faire.

L’homme que ses pourfendeurs qualifient de « pleurnichard » et de « grand parleur », donnerait-il par-là un signe qu’il veut désormais joindre les actes aux paroles ?

Président Evariste Ndayishimiye

Au vu de l’ampleur des dégâts – la corruption étant dénoncée partout dans le pays et à tous les échelons de la justice et des autres secteurs de la vie publique – le chiffre semble certes insignifiant, mais il reste malgré tout un symbole prometteur.

Selon le président Ndayishimiye, 40 dossiers avaient été soumis au Conseil supérieur de la magistrature pour examen, et 5 ne présentaient pas de preuves tangibles de culpabilité, tandis que les 35 autres représentaient « des actes notoires de corruption qui déshonorent le corps ».

Evariste Ndayishimiye a par ailleurs a déploré la responsabilité des chefs de juridictions qu’il a qualifiés de complices des crimes commis par leurs subalternes. Pour lui, ceux-ci protègent les coupables en se contentant de leur changer de lieux ou de postes d’affectation, au lieu de les punir. « Dorénavant, ces chefs devront subir eux-aussi des sanctions ! », a-t-il prévenu.

Et le président d’en profiter pour appeler les Burundais à faire désormais confiance au corps de la justice car, « désormais les choses ont changé. La justice doit reconquérir son image de marque car sans justice, il n’y a pas de développement pour un pays ».

Les temps sont mauvais pour les administratifs véreux 

Pendant près de deux semaines, son nom avait fait les choux gras de la presse locale. L’annonce de l’arrestation de Pascal Sebigo a sonné comme une bombe.

Le désormais ancien administrateur de la commune Kiremba en province Ngozi au nord du pays, est incarcéré depuis une dizaine de jours dans la prison de Ngozi. Accusé d’insubordination, du non-respect des décisions prises par le conseil communal et des règles de passation des marchés publics, il s’était, entre autres, approprié des biens de sa commune et d’une coopérative.

Pascal Sebigo semblait être un intouchable. Mais le passage du président Evariste Ndayishimiye dans la province, une semaine avant son arrestation, a été déterminant pour sceller le sort de l’administrateur. Le chef de l’Etat avait en personne demandé que son cas soit suivi dans l’urgence par le gouverneur de la province.

Un autre administratif incarcéré est Jean-Pierre Niyongabo, administrateur de la commune Mutambu de la province Bujumbura, pour détournement de fonds.

Jean-Pierre Niyongabo a été arrêté le 27 juillet et enfermé au cachot du Service national des renseignements. Il est accusé d’avoir dérobé une somme de 80 millions de francs burundais, somme destinée aux coopératives de la commune qu’il dirigeait.

Les décisions d’incarcération d’administratifs pour des crimes sont inhabituelles au Burundi. C’est donc une surprise qui ne manque pas d’enthousiasmer les populations.

Mais les mêmes Burundais disent attendre plus de leurs autorités et surtout de leur président. De l’avis de certains experts de l’économie nationale, Evariste Ndayishimiye a encore du pain sur la planche, parce que pour eux, les magistrats, tout comme les administrateurs, ne sont que des sous-fifres, les grands corrompus et responsables de graves malversations, dont certains sont aux commandes du pays, se la coulent toujours douce.

Gerard Nzohabona

Amahoronews.net

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