Tanzanie: Les réfugiés Burundais entre le marteau et l’enclume

Les humeurs des autorités tanzaniennes ne cessent de varier vis-à-vis des réfugiés burundais pour les contraindre à retourner dans leur pays. Pendant des années, le gouvernement tanzanien n’a eu de cesse d’user de la force, les privant de tout, jusqu’à leur propre production, pour les pousser à la porte.

Coup de théâtre en cette fin du mois de juillet, la tendance est dans la séduction, mais toujours avec le même objectif : un retour volontaire, moyennant un paquet-retour alléchant. La campagne se déroule à Nyarugusu, l’un des trois camps qui abritent les réfugiés burundais, situé au nord du pays.

Le mot « théâtre » est loin d’être vain. Tellement l’opération n’est pas prise au sérieux par les réfugiés du camp de Nyarugusu. Ce qui surprend encore plus ces derniers, c’est l’implication des ONG dans cette campagne de sensibilisation au rapatriement dit volontaire. C’est le cas de l’IRC (International Rescue Committee). Cette organisation fait du porte-à-porte et passe dans des places publiques comme les marchés pour persuader les réfugiés de rentrer.

Comme le rapportent les réfugiés, des agents de l’IRC s’installent sous des parasols où ils distribuent des papiers sur lesquels sont précisés la quantité des produits et la somme d’argent réservés à chacun de ceux qui acceptent de rentrer. Pour répondre à la surprise des réfugiés, les agents expliquent que le HCR collabore avec la branche de cette ONG dans le programme de rapatriement des réfugiés burundais.

Mais ceux-ci ne sont pas dupes. Car pour eux, c’est juste une nouvelle stratégie adoptée par la Tanzanie pour les pousser à la sortie. Ils considèrent que le paquet-retour ainsi présenté n’est autre qu’un appât pour acheter leur conscience et les pousser à regagner leur pays. Selon eux, la force est toujours d’usage. Ils donnent pour preuve les propos de ces agents qui leur disent qu’il n’y a pas d’autre voie que celle de rentrer.

La démarche est visiblement en phase avec la déclaration, mi-juin dernier, du gouvernement de ce pays, annonçant à tous les réfugiés burundais, qu’ils avaient une année pour retourner chez eux. Malgré tout, la position des réfugiés ne bouge pas d’un iota : il n’est pas question de rentrer. Et pour cause, ils disent que ce qui les a poussés à fuir, entre autres et surtout l’insécurité, est toujours d’actualité dans le pays.

La période noire des maltraitances toujours dans les esprits

Cet élan de séduction survient au moment où les réfugiés ne cessent d’alerter sur leur situation pour le moins désastreuse. Ils affirment que, depuis des années, ils sont littéralement laissés à eux-mêmes, sans le droit d’avoir quelque possession que ce soit.

En juin dernier, une nouvelle décision des autorités tanzaniennes laissait entendre que l’on s’acheminait vers le refus de disposer même d’un toit. Car en effet, les réfugiés se sont vus refuser le droit de restaurer leurs habitations quand elles sont endommagées, et encore moins de construire en dur.

Conséquence, certains se retrouvent dans des conditions humainement indescriptibles, comme l’ont fait remarquer notamment des réfugiés d’un autre camp, celui de Nduta, également localisé au nord-ouest de la Tanzanie.

Pourtant, durant ce même mois de juin, le Haut commissariat pour les réfugiés était enfin sorti de son silence, et avait dénoncé la persécution que les autorités tanzaniennes font subir à ces réfugiés.

Cette mesure a suivi bien d’autres, encore plus graves.

Dans tous les trois camps : Nyarugusu, Nduta, Mtendeli, tous situés au nord, les réfugiés ont dénoncé une persécution permanente, allant jusqu’à une situation de non-droit presque total.

En effet, tous leurs champs, principale source de subsistance, ont été saccagés par la police, aidée par les jeunes Sungusungu du parti au pouvoir, CCM. De même, ils ont été interdits d’exercer la moindre activité génératrice de revenus : stands, maisons de commerce, restaurants, etc., tout a été démoli, tout comme la circulation des motos et autres vélos, qui assuraient le transport à l’intérieur des camps, a été bannie. Dans le même temps, des arrestations intempestives et des disparitions forcées étaient régulièrement signalées ici et là, tandis qu’un climat de psychose s’était installé, en raison d’une insécurité causée par des incursions d’hommes armés, insécurité que la police rechignait à endiguer.

Jusqu’où ira la campagne de séduction ?

La question est sur toutes les lèvres. Les réfugiés, dans leur grande majorité, semblent ne pas vouloir entendre parler du retour au pays, jusqu’au péril de leur vie. Certains ont même tenté de fuir vers d’autres pays limitrophes, mais quand ils étaient attrapés, ils étaient tués.

Le cas qui a fait beaucoup parler est celui de Jean-Bosco Barankunda, un réfugié burundais du camp de Nduta. Accompagné de sa famille, il tentait de traverser la frontière vers le Kenya voisin. C’était en mars dernier.

Les policiers ont d’abord dépouillé la famille de ses biens, avant de soumettre Jean-Bosco à une séance d’interrogatoire musclé. Il a succombé à la torture, sous les yeux des membres de sa famille.

Un cas qui, selon des sources au sein des camps, est loin d’être isolé, de nombreux autres s’étant lancés dans la même aventure ayant purement et simplement disparu.

« Le rapatriement est la seule voie ». Les propos péremptoires des agents de l’IRC ne sont pas anodins, et renferment une menace à peine voilée.

L’ultimatum d’un an fixé par le gouvernement tanzanien n’a pas encore été levé. Ce qui augure de nouvelles tensions entre les deux camps, faisant craindre d’autres exactions dont les réfugiés pourraient encore être victimes.

On estime à près de 150 000 le nombre de réfugiés burundais vivant dans les trois camps en Tanzanie.

Gerard Nzohabona

Amahoronews.net

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